Tu n’es pas dans le pouvoir de tes yeux

Tu n’es pas dans le pouvoir de tes yeux
créateurs de mondes où s’abîment les confiants
ni sous l’illusion tissée par tes doigts
occupés au linceul des ennemis

mais dans l’écartèlement des ailes
au-dedans de ta poitrine
corbeau cloué pourtant prêt à l’envol
sur la croix du renoncement

Tu n’es pas sous la cape de nuit
où filent les nuages de la colère
ni dans le nom exécré par mille bouches
légende d’une nuit meurtrière

mais assis de l’autre côté
sans espoir de rédemption
englouti et muet
aucun dieu ne t’attend

pourtant c’est bien l’amour
et c’est bien l’espérance
don sans retour
et transcendance

 

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3 thoughts on “Tu n’es pas dans le pouvoir de tes yeux

  1. Coucou !
    Ca me fait plaisir de te lire de nouveau en poésie.
    Je trouve ça très étonnant de pouvoir écrire sur des personnages de fiction. Mais au fond, puisqu’ils te touchent si profondément, qu’y a-t-il d’étonnant? Ils font résonner en toi quelque chose de précieux.

    Petit cadeau en passant.

    Il s’agit d’une citation prise dans la Seconde semaison de Jaccottet, où tu verras que tu n’es pas la seule à retrouver parfois à certaines lectures toute l’intensité de l’adolescence.

    “La lecture de Dhôtel m’a amené à rouvrir les Illuminations que je n’avais pas relues depuis des années. Je m’étonne de constater que nombre de phrases m’étaient restées en mémoire, seulement enfouies sous d’autres, comme si elles s’étaient imprimées très profondément en moi ; je les retrouve aussi fraîches, aussi singulières, qu’en l’adolescence, sans le moindre affadissement ; en défi à toutes les imitations qu’on en aura subies depuis. La hâte violente d’un torrent”. (p. 69)

    Rien ne dit si c’est parce que c’est Rimbaud ou parce que c’était l’adolescence…

    Et beaucoup plus loin une citation de Henri Thomas : “Puissiez vous rencontrer l’éternité amoureuse de vous, hommes tremblants dans le mystère de l’âge”.

    Que de choses encore je voudrais te dire, t’écrire… Mais pour ma part, je sais qu’il est dangereux de s’adonner, parfois, même à ce qui est donné, et que je dois juste accepter, et laisser passer… Et m’accrocher à l’instant présent. Croire que rien ne va disparaître pour autant. Faire confiance, jusqu’à renoncer à écrire – en tout cas, renoncer au formol d’une certaine écriture. J’entrevois que la gratitude est la seule arme qui me reste, avec le sourire.

    Gratitude pour toi aussi.

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    1. Comme c’est drôle ! J’étais justement en train de relire deux de tes poèmes que j’aime particulièrement, “Fais ton pain” et “Il te faut donner ta présence”, et de me dire, quel dommage qu’ils ne soient accessibles qu’à peu de personne, ils sont si beaux.
      C’est drôle aussi que tu me donnes ces citations, pour lesquelles je te remercie ! Il n’y a aucun lien entre les Illuminations et Naruto, si ce n’est la jeunesse, Jaccottet avait des lectures beaucoup beaucoup plus distinguées que moi. 😉
      Tu vois, je ne connais pas Henri Thomas, je suis d’une ignorance crasse. Mais cette citation m’a fait venir les larmes aux yeux. Gratitude !
      Merci pour “Bras de velours”. En te lisant, une partie de moi qui aimait la poésie respire de nouveau. Je suis bien contente d’avoir commencé ce blog, parce qu’il devait te faire écrire de nouveau.

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  2. Merci ! Te lire ce soir me fait du bien, entre le travail débordant et tout ce qui remue de triste et douloureux dans mon coeur. Merci, merci…

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