L’été

Nous avons eu un mois de juillet animé avec la visite de la famille et des amis.

Mes beaux-parents nous ont conduits, ma fille et moi, à Joss Bay. Il fait un soleil à vous rôtir la cervelle. La petite tente que j’ai louée en guise d’abri contre la chaleur, loin de nous apporter un soupçon de fraîcheur, évoque les entrailles ardentes d’un four. Nous y avons d’ailleurs entassé la glacière, les sacs, la nourriture, et il ne reste plus de place pour nous. Nous tentons de convaincre la petite fille de jouer dans l’étroite bande d’ombre que la tente projette sur le sable. Ma belle-mère insiste pour la surveiller bien que, de nous deux, elle doive avoir davantage besoin de la fraîcheur de l’eau.

Je suis allée me rafraîchir les chevilles dans la mer et ai entrepris de longer la plage. Autour de moi, les baigneurs s’éclaboussent et rient, régulièrement rappelés à l’ordre par les sauveteurs qui leur demandent de ne pas dépasser les drapeaux jaunes au-delà desquels la mer est réservée aux surfeurs. Je les regarde sans les voir, absorbée par les impressions muettes de la chaleur mêlée à la fraîcheur de l’eau, de l’éblouissement, de la fatigue. Et pourtant, je ne peux pas éviter de remarquer une vibration qui enfle, quelque part dans l’ouate de mon inertie.

Soudain, je me rends compte que les gens se baignent, vraiment, qu’il fait réellement chaud, que moi aussi, je pourrais sortir du mode pilotage automatique, et me jeter à l’eau – que c’est l’été, pas juste sur le calendrier, mais là, partout, dehors, dedans, pour de vrai. Entre les falaises immaculées de l’Angleterre, c’est le Sud qui se déploie, bleu, blanc, noir, avec son éclat d’obsidienne. Et je tressaille, soudain en présence d’un été particulièrement aimé, enfoui dans mes entrailles depuis vingt ans, et qui refait surface, vivant.

Le scintillement ivre de la Méditerranée, les villes exubérantes de la Côte, l’écartèlement de mon coeur face aux myriades de constellations oscillant  au rythme de la balançoire d’un camping, Ong Nôi encore vivant, la caravane de Bernard, les Alpes du Sud. J’entends le roulement du tonnerre dans les défilés tandis que nous pressons le pas entre les herbes hautes d’un sentier aux alentours de Tende. Je revois les longs cheveux de lune de la jeune femme qui portait un T-shirt de Nirvana. Kurt Cobain venait de mourir. J’écrivais mon journal, même en vacances, dans l’idée de ne pas céder le pas au temps, nourrissant mon exil. Etait-ce encore l’enfance ?

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