Exil

On me le dit souvent, je n’ai pas de mémoire
Les livres et les dates, les faits, tout m’échappe
Je récris chaque jour les pages de l’histoire
Que le temps chaque jour minutieusement sape

J’exerce mes yeux à sonder les profondeurs
De l’enfance. Ne dit-on pas que ses images
Au-delà de l’oubli conservent leur splendeur ?
C’est à peine s’il reste un reflet de mirage

La fière tâche que l’Enfance m’assignait
De ne rien laisser perdre et de tenir serrés
Les regards et les voix, les noms que j’appelais
Et coûte que coûte, de ne rien Lui céder

En quel jour, à quelle heure l’ai-je abandonnée ?
J’ai desserré les poings, et le vent a passé
Dans un puits de lumière tout a basculé
Les maisons, les années, les collines alliées

Et les fleuves jumeaux confidents des amours
Les fontaines joyeuses dans les soirs d’été
Et vous, maîtres et maîtresses, qui tour à tour
Patiemment semiez le goût de la beauté

Oui, c’est à peine si je vous perçois encore
Dans l’éblouissement corps et âme sombrés
Naïve qui croyais pouvoir tromper la mort
Ulysse sans patrie je tâtonne égarée

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3 thoughts on “Exil

  1. Je l’aime beaucoup. Il contient des images qui me parlent. Des images qui vont là où la sensation fait émotion.
    J’aime beaucoup : “J’ai desserré les poings et le vent a passé”.
    C’est drôle aussi comme ce poème dit à sa manière une préoccupation qui est pour moi d’un autre temps, celui de l’adolescence. Quel entêtement est le tien… celui, peut-être d’une exilée à double titre…

    L’arbre aux racines profondes
    Se nourrit immobile
    De l’eau qui s’écoule sans retour.

    (va bien falloir que je me mette aux haikus, maintenant que je pratique l’aikishintaiso….)

    En tout cas, merci d’écrire, ne t’arrête pas !

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    1. Merci Chloé ! Je disais hier à Jehanne combien j’aimais tes poèmes et que j’allais te demander si je pourrais lui transmettre ton recueil (je le fais donc ici). J’aime particulièrement ta Genèse.

      Je lui disais aussi qu’en te lisant, ce que je ressens, c’est qu’alors que j’utilise une forme poétique, je ne suis pas vraiment dans la poésie, alors que tes textes à toi sont des poèmes ! On voit bien que tes textes ont une maturité, une pratique, et surtout une pénétration, que je n’ai pas. Tu rentres dans la matière des choses. Dans certains de tes poèmes, j’ai cette sensation du langage qui s’engendre lui-même, processus proprement poétique, et d’une précision ou d’une adéquation parfaite des images, alors même qu’elles pourraient être totalement arbitraires. Je ne suis pas adepte des associations incongrues ou obscures (Mallarmé ou non, l’hermétisme m’ennuie), et justement, un grand nombre des tiennes sont à la fois originales et limpides, ce qui est très difficile à atteindre.

      C’est drôle que tu parles d’haikus, je suis en train d’essayer d’en composer aussi, avec le schéma 5/7/5 ou 5/5/7, mais je ne suis pas très satisfaite pour l’instant. J’ai cette hirondelle qui me tourne dans la tête, tu ne voudrais pas m’écrire un haiku avec une hirondelle, pour m’en délivrer ?
      A propos de la préoccupation adolescente de ne pas lâcher prise, justement, je crois l’avoir abandonnée (c’est ce que j’essaie de dire dans le poème), mais ce qui m’inquiète, c’est qu’en lâchant prise, j’ai aussi vraiment perdu la mémoire. Luke me sert de mémoire vivante. Ma soeur garde pour moi les souvenirs de l’enfance.

      Je résume :
      – Puis-je transmettre ton recueil à Jehanne ?
      – Ecris des haikus s’il te plaît ?
      – Pourquoi tu ne publies pas tes textes ???

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      1. Personne ne m’a jamais fait de si beaux compliments, et je les reçois avec un immense plaisir. Venant de toi, ils ont la plus grande valeur à mes yeux.
        D’accord, tu peux transmettre mon recueil à Jehanne. Et j’en profite pour demander si je peux lire le roman (c’est bien un roman?) de Jehanne…
        Je suis très mauvaise en haikus, mais j’ai découvert que des poèmes pouvaient être associés à des “formes” dans les arts martiaux, et je pense qu’en réalité, il me manque une “dimension” pour pratiquer cette écriture. J’ai très envie de questionner mon “maître”, mais je vais devoir attendre la prochaine dégustation de thé, car le reste du temps, on ne parle que de ce qui s’est passé pendant le cours.
        Pourquoi je ne publie pas? Bien sûr que j’en ai parfois rêvé, mais je trouve ça aussi très effrayant, à plein d’égards. C’est sans doute surtout la peur qui me retient.

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