Respiration

Pensées pour toi. On a ce nouveau prêtre noir, à la paroisse. Il est beau, il respire la vigueur et la confiance en soi de la jeunesse, il se tient solidement campé sur ses jambes, et ne recule ni devant le chant (il chante pratiquement toute la messe), ni devant le latin (ce qui ne se fait d’habitude pas du tout par ici). L’ambiance ce matin dans l’église était tout à fait différente de l’ordinaire. On se serait cru ailleurs, à Paris peut-être. C’était beau. Je me suis souvenue qu’il fut un temps où je ne venais pas à la messe dans l’idée de maintenir une forme un peu bancale de cohérence, mais parce que je savais que j’y rencontrerais Quelqu’un, de la manière particulière dont Il se laisse rencontrer quand plusieurs sont réunis à cet effet. J’entends encore l’écho glacé de mes pas sur les trottoirs vides les soirs d’hiver où je me pressais vers l’église du Saint-Nom, dans la hâte d’y retrouver les dominicains – leur voix donnait aux psaumes l’intensité, la profondeur, la vibration vivante que leur lecture seule n’évoque pas pour moi. La messe des dominicains du Saint-Nom-de-Jésus à Lyon reste la plus “priante” (pour reprendre l’expression d’une amie) que j’aie connue.

Et puis j’ai eu cette vision de toi et moi, allongées sur l’herbe, les bras en croix, nous tenant la main, comme dans ces films un peu ringards où la caméra s’élève en tournoyant au-dessus des personnages qui s’abandonnent au soleil de l’été, évoquant l’ascension et l’expansion de leur âme tandis que la conscience de leur individualité se dissout dans la chaleur et le kaléidoscope des couleurs. Et nous voilà ainsi allongées, toi et moi, au milieu du Sanctus, en surimpression sur les chapiteaux de plâtre blanc et le bois sombre de la charpente en berceau, rêverie de vert et de jaune probablement née de ma nostalgie du printemps et de toi. Comment se fait-il, d’ailleurs, que nous n’ayons rien fait de tel dans la vraie vie ? Il me semble que c’est exactement le genre de truc que nous faisons. Toi et moi, gamines incorrigibles.

Tout ceci pour te dire de ne pas te laisser décourager et contaminer par le grand déballage de n’importe quoi auquel nous assistons d’un côté comme de l’autre – au Saint-Nom ou ailleurs, les dominicains que nous avons connus poursuivent leur entreprise de louange et de paix, respiration constante que le vacarme des engueulades et des provocations, que l’aigreur des replis et du mépris ne peuvent étrangler.

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2 thoughts on “Respiration

  1. Je suis passée entre deux paquets de copies (que mon mari baptise “tonneaux des danaïdes”) en me souvenant que c’était quand même une façon de garder le contact, d’entrevoir quelque chose de toi.
    Bien sûr, moi, je suis ailleurs.
    Pourtant, je passe aussi parce qu’il m’est arrivé récemment de prier (à ma façon) pour une chose très précise (étrange, venant de moi…). Ma pratique (toute modeste et débutante) de l’haikishintaiso (un truc japonais qui se fait en kimono) me semble y être pour quelque chose. Il faudra vraiment que je t’en parle. En attendant, je te souhaite de parvenir à trouver chaque jour un peu de paix. Comme ce serait bon de pouvoir parfois être ensemble !

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  2. Comme ce serait bon, en effet ! Oui, j’aimerais beaucoup que tu me parles de l’aikishintaiso et de ta prière. Si tu pries aussi pour des gens, j’en veux bien un bout (surtout pour mon mari). 😉 Je te souhaite courage et foi (pas nécessairement religieuse, hein) pour ton travail !

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