Entanglement.

Au départ, je n’aime pas l’idée du blog. Je le perçois comme une conjugaison du nombrilisme et de l’exhibitionnisme. L’ère de la confession me répugne.

J’ai tenu un journal intime durant de longues années. Je ne crois pas que son contenu soit d’un intérêt quelconque pour tout autre que moi. Je ne suis pas une artiste, ni une spécialiste de quoi que ce soit, j’ai des velléités deci-delà. J’ai du mal à accepter mon désir d’écrire et d’être lue (nombrilisme, etc), et peur d’être jugée. J’ai des scrupules mais pas la force de me tenir à ce qui est juste et de bon goût. Bref, rien de très original dans tout ça.

En même temps, je suis tenue, et parfois étranglée, par un certain nombre de passions qui ne mènent à rien de concret, en tout cas à aucune expertise, faute de temps et de détermination, et qui touchent à des thèmes aussi divers que les sacs à main, la littérature, le Japon, la religion, et, dernier en date, le jardinage. Je n’ai pas le temps de courir les bibliothèques et de m’instruire. Mais il faut que je fasse quelque chose de ces désirs qui me soulèvent et parfois me tordent les entrailles. J’entre donc dans l’ère de la confession, du blabla thérapeutique. Faute de savoir, je vais supposer, imaginer, déblatérer et, péché suprême, raconter ma vie.

Ma meilleure amie vient d’écrire un court roman, pour le plaisir, et veut que je partage le bonheur d’écrire. D’habitude, je lui écris des lettres sans queue ni tête, en attendant mes élèves, des premières et des terminales d’un lycée réputé de Canterbury, qui viennent me faire part de leurs aventures du week-end ou de leur désir de changer le monde, en français. Mais mon contrat s’est terminé pour cette année scolaire, et je n’aurai plus l’occasion d’attendre la jeunesse, dans mon petit bout de salle dont les fenêtres ouvrent sur les champs. Si je ne m’astreins à raconter ici ma vie, je vais pourrir du dedans.

Dans ma vie antérieure, j’étais professeur de lettres classiques, dans des collèges de la banlieue parisienne. J’aimais mes élèves, beaucoup, passionnément. Ils m’inspiraient. Ils me serraient le coeur. Maintenant, je suis assistante de français dans ce lycée de Canterbury, Kent, et je m’occupe de mes deux enfants, mon fils le rêveur, ma fille la pirate. Il faut que je fasse quelque chose de mon bazar intérieur.

Le titre du blog, provisoire, vient de ma marraine, qui aime à fouiller dans ces “magasins de n’importe quoi” où l’on trouve parfois un trésor entre des assiettes en carton et des cordes à sauter à 1 euro. Bien sûr, j’aspire à l’ordre et à l’harmonie, ou plus précisément à l’ordre et à la classe, mais la vérité, c’est que je suis l’hôte d’un grand tas de n’importe quoi où j’espère que se cache un trésor.

J’écrirai aussi, parfois, dans ma langue d’adoption, l’anglais. I have that funny feeling my entangled inner life might well be disentangled by the use of another language.

Ainsi, vogue la galère. Mon prochain post portera probablement sur l’arrivée de quatre érables du Japon, nommément Acer palmatum Katsura, Acer palmatum Osakazuki, Acer palmatum Shaina et, last but not least, Acer Shirasawanum Aureum. La nuit, au lieu de dormir, j’essaie de résoudre l’équation de leur positionnement dans mon tout petit jardin de terraced house. Et je me répète le nom Acer Shirasawanum Aureum, goûtant la musique de ses syllabes élancées, mordorées, d’une distinction tranquille. Les Anglais le nomment Full Moon Golden Maple. Sous l’éclat de la lune végétale, bonne nuit !

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Author: Frog

French and Vietnamese, living between England, France, and an often-dreamt Mediterranean, where my heart dwells.

4 thoughts on “Entanglement.”

  1. Salut ma jolie,
    et bien, tu l’as trouvé ton trésor intérieur: ton écriture est très belle, déliée, précise et subtile (et de surcroit dans les deux langues, chapeau!) ! Il est vraiment très touchant ton blog, ne crains surtout pas l’exhibitionnisme, quand le verbe est si joli ça ne peut pas en être. Pourquoi ne pas suivre le conseil de Jehanne (je suppose que c’est elle) et t’essayer à la fiction (et d’ailleurs, chapeau aussi à elle, avec une telle tribu trouver le temps d’écrire, je suis vraiment très admirative)?
    En tout cas il me tarde vraiment que l’on se retrouve, que je puisse admirer tes exploits horticoles et revoir ton gentil rêveur et ta petite pirate.
    je t’embrasse fort

    Liked by 1 person

    1. Merci Marie pour tes compliments et encouragements ! Cela me touche beaucoup ! Pour la fiction, j’attends d’avoir une histoire a raconter. 😉 Moi aussi j’ai hate de te retrouver, de voir comment tes enfants ont grandi ! Gros bisous a vous quatre et a bientot, Marraine-d’Iona ! (Desolee, pas d’accent sur cet ordi)

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